Equipée sur le Sankuru.-

 

 

C'était à l'époque où les fusils circulaient encore librement et où la chasse était encore possible. Le crocodile commençait à se faire plus rare sur le tronçon de 50 km de la rivière que je m'étais réservé. Le moment était venu d’ envisager de prospecter d'autres rivières. J'ai pensé que le Sankuru serait un bon choix mais n'était pas faisable en un week-end.

 

De plus, Jean-François ayant quitté la Miba, je me trouvais dépourvu d'équipier valable. Alors je me suis tourné vers mon ami E. Limbourg, une espèce de géant, à la force herculéenne mais d'un caractère charmant et de compagnie très agréable. Nous décidons de solliciter auprès de la Société, une suspension de contrat de 8 jours pour prospecter la zone du Sankuru au départ de Lusambo jusqu’au confluent du Lubilash et de la Bushimaie. La suspension ayant été accordée, nous préparons quelques  équipements limités au strict nécessaire, faisons une dernière mise au point du moteur Johnson 18CV et après avoir déniché un convoyeur pour nous amener, avec la remorque et le canot jusqu’à Lusambo, nous nous mettons en route.

 

Lusambo n’étant pas près de la porte, nous quittons Bakwanga aux aurores et étant donné le mauvais état des routes nous atteignons Lusambo dans le courant de l’après-midi, trop tard de toute façon pour nous mettre à l’eau. Nous dénichons une Mission, dont j’ai oublié le nom, et qui accepte de nous loger et de mettre notre matériel en sécurité. Levés de bonne heure avec les Pères et après un petit déjeuner copieux offert gracieusement par la Mission, nous mettons, enfin le canot à l’eau et après avoir pris congé de notre convoyeur, qui attendra à Lusambo notre retour à une date encore indéterminée mais de toute façon avant l’expiration de la suspension du contrat.

 

Au départ, le rivière est très large et dépourvue de bancs de sable, gîte préféré des crocos. De plus, il est trop tôt pour que les sauriens quittent les eaux pour se réchauffer au soleil.. Alors nous avançons à une allure modérée en admirant la nature toujours nimbée d’un léger brouillard mais qui, tout doucement s’éveille aux premiers rayons du soleil levant. Il fait relativement frais et nous accueillons la douce chaleur du soleil qui maintenant baigne la rivière, avec beaucoup de satisfaction. Les derniers faubourgs  sont déjà loin et nous rencontrons les premières palmeraies et huileries (Rappe). En longeant les berges nous surprenons quelques jeunes crocos et quelques varans, qui ne nous intéressent pas toutefois. Nous sommes quelque peu déçus car, si la forêt grouille d’une grande variété d’oiseaux, dont certains très colorés mais que nous n’identifions pas, et de singes qui nous suivent en sautant d’une branche à l’autre, par contre le crocodile se fait, lui, fortement désirer. A l’approche de Pania Mutombo, où nous comptons faire escale et profiter du gîte d’étape qui s’y trouve, notre butin du jour se monte péniblement à une demi douzaine de petits crocos dont 1 seul dépassait 1m.50 , tous, à l’exception du plus grand, abattus au cal 12.

 

Le gîte d’étape se situant en dehors de la ville, nous accostons non loin d’un petit village

que la carte indiquait comme étant proche du gîte. Aussitôt nous étions entourés d’une nuée de petits négrillons jetant des yeux concupiscents sur notre chasse. Nous nous faisons indiquer le gîte d’étape et leur proposons d’échanger nos crocos contre de la nourriture. Comme une volée de moineaux ils filent vers le village proche tandis que nous rassemblons nos affaires pour rejoindre le gîte. Mais déjà un petit groupe d’aînés se présente et après quelques palabres d’usage, nous échangeons nos crocos pour du riz cuit, du corned-beef et des sardines. Etant débarrassés de nos crocos et ayant de quoi se sustenter, nous mettons le moteur, la réserve d’essence et les armes en sécurité et nous préparons une petite popote quelque peu rudimentaire peut être mais qui nous cala confortablement l’estomac. Nous passons la soirée auprès du petit feu de camp en sirotant la fin de la bouteille de vin.

 

Le lendemain, debout de bonne heure, nous déjeunons de quelque fruits et de biscuits et nous mettons en route. Au passage, nous distinguons un grand hangar qui semble abandonné puisque nous ne distinguons aucun mouvement..Qu’à cela ne tienne, nous nous désintéressons et poursuivons notre route. Cette fois nous trouvons de beaux bancs de sable avec du beau crocodiles mais la rivière est tellement large et l’approche tellement laborieuse que les crocos, alertés, se faisaient la malle sans demander leur reste. Après avoir encore longé les berges dans l’espoir de rencontrer un beau banc de sable avec un beau croco, nous rencontrons des fonds rocheux à Mulubule. Avec beaucoup de précautions nous essayons de nous faufiler à travers des obstacles quand à notre grand désespoir se profile au loin de gros rapides,(WOLFF) trop gros pour notre petit 23CV. Alors, la mort dans l’âme nous décidons de mettre fin au projet Sankuru et faisons demi-tour vers Pania Mutombo. Seulement, nous n’étions pas sorti de l’auberge avec tout ces hauts fonds rocheux qui nous entourent et qu’il faut négocier. Comble de malchance, l’hélice heurte fortement un haut fond et cavité. Nous remontons le moteur et constatons qu’une des pales de l’hélice est endommagée. Nous remettons les gaz et le moteur tourne rond mais l’hélice, elle, reste immobile. Ca ne fait pas un pli, nous venons de péter le planétaire et n’avons pas de pièce pour le remplacer. De toute façon, dans la conjoncture actuelle avec ces rapides qui nous barrent la route il n’y a pas d’autre alternative que de rentrer à la maison.

 

Nous descendons la rivière à la rame en ruminant notre déception de voir notre équipée se terminer aussi bêtement. Mais une autre question se pose. Comment allons nous ramener le canot à Lusambo où nous attend notre véhicule. La seule solution serait de le charger sur un bateau de l’Otraco, qui fait la navette entre Lusambo et Pania Mutombo. Comme nous ne connaissons pas la fréquence des navettes, nous sommes obligés d’attendre en espérant qu’elles ne soient pas mensuelles.

 

Ce fut une arrivée sans gloire, à la rame et sans la moindre pièce à exhiber aux yeux curieux et quelque peu rigolards des villageois venus aux nouvelles. Nous leur expliquons la situation qu’ils comprenaient très bien mais je voyais bien qu’à leurs yeux le blanc, vaincu par la rivière et lâché par leur mécanique, avait beaucoup perdu de son panache. D’un autre côté, nous apprenons que la barge de l’Otraco passera dans environ une semaine pendant laquelle nous devrons vivre de la chasse et de l’aide des villageois.

 

Nous assurons le matériel et nous réinstallons dans le gîte. Nous achetons quelques vivres et fruits aux villageois et cassons la croûte en ronchonnant sur le triste sort qui nous frappe. Fin d’après-midi, j’irai chasser dans les bois environnants tandis que Limbourg, comme il n’y a qu’un seul cal.12, a sorti son attirail de pêche et ira tenter sa chance sur la rivière. Entretemps, une petite sieste s’impose. Sieste de courte durée interrompue par l’arrivée impromptue d’un petit négrillon, tenant un stick à la main au bout duquel était fixé un bout de papier. Il s’agissait d’un petit message par lequel un certain Mr Allard nous invitait cordialement à prendre l’apéro. Très étonnés mais ravi de cette occasion inattendue, nous prenons armes et bagages et suivons le petit messager qui nous mena droit vers le grand hangar aperçu la veille et que nous croyions inoccupé.

 

Nous sommes accueiillis par un blanc , relativement âgé et tout grisonnant,  mais à la bouille accueillante et un large sourire aux lèvres. Nous faisons les présentations et dit avoir été avertis par son boy que des blancs avaient pris possession du gîte mais qu’il était arrivé trop tard pour nous rencontrer. Nous lui racontons notre mésaventure et l’obligation d’attendre l’arrivée de la barge pour nous ramener a Lusambo. En entendant cela, son sourire s’élargit jusqu’au oreilles et c’est avec beaucoup de conviction qu’il nous invita à quitter le gîte et de nous installer chez lui, dans son hangar où il disposait d’équipements en suffisance  pour nous héberger dans un confort relatif mais suffisant. Aussitôt il envoya du personnel pour remonter notre canot, appela sa femme congolaise qui nous regarda avec beaucoup de méfiance mais fila après avoir reçu des instructions.

 

Mr Allard, pendant ce temps avait dégagé une table sur laquelle il étendit une très jolie nappe. Puis en nous priant de prendre patience, fila dans son hangar, trifouilla dans quelques malles et revint, les bras chargés d’une vaisselle inattendue en ce lieu. Avec des gestes précis il dressa la table avec vaisselle de qualité, couverts en argent, verres de cristal, bougeoirs en argent et vin portugais. Devant nos yeux ébahis devant cet étalage fastueux, en nous versant à boire, il nous raconta qu’il était le fils de la famille des Frigos Damseaux et s’était retiré de son plein gré en cet endroit, avait construit le hangar et vivait de ses rentes tout en maintenant un petit négoce, de bières, de cigarettes et autres bricoles pour le fun, avec les villageois et les équipages des navettes Otraco. Le repas fut somptueux et le vin de qualité. Ce fut une très belle journée.

 

Il me semblait toutefois, qu’entre lui et sa congolaise, les rapports étaient quelque peu tendus. Elle rechignait aux instructions et avait même quelques propos acerbes  quant à notre présence. Après s’être fait proprement remonté les bretelles par Allard, elle disparut au fond du hangar et devant nos regards étonnés de l’incident, il nous raconta qu’étant donné son grand âge et la vitalité de sa ménagère, elle avait petit à petit pris le dessus dans la gestion du ménage, le reléguant aux tâches secondaires. Mais, nous dit- il, maintenant qu’il avait de la compagnie pendant une bonne semaine, il allait reprendre du poil de la bête et redresser la situation. Tout ce qu’il nous demanda  était de ne pas le laisser seul. Il était donc convenu que pendant que j’irais à la chasse, Emile taquinerait le poisson dans la rivière près du hangar.

Si la pêche d’Emile, à part quelques silures qui filèrent chez les boys, ne fut pas miraculeuse, la chasse également, ne fut pas abondante. Il faut dire que la région n’était pas très giboyeuse. Aussi devions nous nous contenter de quelque pigeons et perdrix que nous faisions accommoder par Mme Allard. Parfois aussi, pour le fun, nous faisions griller quelques pigeons au dessus des braises du feu ce qui leur donna un gout de BBQ.  Un jour pourtant, chassant dans une espèce de sous bois, j’aperçus un volatile qui me survolait. Sans réfléchir, je visai et tirai. Le volatile s’abattit. Manque de pot, c’était un perroquet gris à queue rouge. Sans états d’âme, il alla rejoindre les pigeons que j’avais accroché à ma ceinture. Quand je rejoignis le campement pour l’apéro, Allard m’attendait en compagnie d’Emile. Alors, en voyant le produit de ma chasse il me demanda, en désignant l’oiseau bariolé pendu à ma ceinture :

« C’est quoi ça ? »

Je lui dis :

« Ca, c’est un perroquet »

« Et que comptes tu faire avec ? »

« Le griller au BBQ comme les pigeons. »

Il éclata d’un grand rire et de façon malicieuse me dit :

« Je vous souhaite bonne chance, car le morceau le plus tendre, c’est le bec. »

Malgré les sarcasmes de mes deux compères, je mis tout de même mon oiseau à griller sur les cendres, mais tout doucement afin qu’il soit tendre. Peine perdue car malgré mes précautions culinaires, il s’avéra coriace et caoutchouteux, impropre à la consommation. Il vola donc à la poubelle ce qui après une dernière bonne rigolade, mit fin à l’incident.

 

Depuis, les jours se suivent sans faits notoires si ce n’est de bons petits gueuletons arrosés de bon vin portugais, quelques bonnes soirées ponctuées de franches rigolades. Puis, un matin, arriva la barge Otraco. Grand bateau blanc avec de larges roues à aubes à l’arrière, il accosta à hauteur du hangar. Déjà les villageois étaient en effervescence et se pressaient sur les berges où l’équipage s’activait déjà à débarquer colis et matériaux. Demain aura lieu le chargement du fret à embarquer et le bateau ne repartira finalement qu’après demain. Quand le déchargement fut terminé on embarqua le bois nécessaire pour le voyage de retour après quoi, l’équipage eut quartier libre et se dirigea en groupe vers le hangar où Mr Allard venait d’ouvrir sa buvette et commençait son négoce. Il était convenu avec le capitaine que l’embarquement de notre canot aura lieu demain matin.

 

A la buvette la bière coulait à flots dans un brouhaha bon enfant et les interpellations et autres bonnes blagues fusaient pour la grande distraction des villageois qui s’attardaient pour profiter du spectacle. Bientôt toutefois et la bière aidant, le ton semblait monter d’un cran, les rires s’estompèrent et firent place à des éclats de voix qui paraissaient s’en prendre à Mr. Allard. Du coup, Emile redressa sa grande carcasse et s’approcha à pas lents vers la buvette où, effectivement Mr Allard était pris à parti et se trouvait en mauvaise posture. A la vue de ce géant au torse nu et à la carrure impressionnante, le brouhaha diminua d’un cran mais quelques-uns des antagonistes s’en prenaient toujours à Mr Allard qui, visiblement n’en menait pas large. Sans se presser, Emile identifia le meneur et sans crier gare, le saisit par la nuque et le fond du pantalon et le brandissant, bras tendus, se dirigea vers le Sankuru, s’arrêta au bord de l’eau et d’une voix où l’on devinait une sourde colère, il interpella les occupants de la buvette que s’ils ne fichaient pas la paix à Mr. Allard il les balanceraient tous à la baïlle sans hésiter. Cette démonstration de force jeta un froid au point où tous les fêtards vidaient leur verre et se retiraient sans demander leur reste. Après avoir déposé son remuant client, Emile vint s’accouder au bar, désormais vide et demanda gentiment a Mr. Allard, encore tout pantois, de bien vouloir lui verser une bière fraîche et qu’il but d’une traite, le regard satisfait.

 L’incident fit grande impression et si la buvette attirait toujours des clients, ils plaisantaient avec Mr. Allard de façon fort civile tout en surveillant du coin de l’œil, la grande carcasse d’Emile qui s’occupait du chargement du canot avec l’aide de quelques membres de l’équipage.

 

 Déjà les producteurs du lieu embarquaient leurs produits, régimes de noix de palme, légumes frais, régimes de bananes, chèvres et même quelques belles défenses d’éléphant qui furent chargées en toute discrétion. C’était notre dernier jour. Hier, après le numéro d’Emile, Mr. Allard a ressorti le grand jeu avec sa magnifique vaisselle, ses verres en cristal, son argenterie, ses chandeliers et ses vins portugais au gout de velours fruité. Sa ménagère, qui maintenant était copain comme cochon avec nous, avait concocté un délicieux ragout d’antilope, légèrement faisandée mais tendre à souhait et dont le goût, qui aurait pu choquer nos papilles gustatives, était fort habilement dominé par une sauce onctueuse à souhait mais où perçait tout de même une bonne dose de pili-pili. Au pousse-café, Mr Allard nous dévoila quelques fragments de ce que fut sa vie. Il avait 75 ans quand nous l’avons rencontré et avait vécu 55 ans au Congo, mais n’était jamais retourné en Europe. J’aurais voulu en savoir un peu plus sur cette Famille Damseaux qui avait fait fortune au Congo dans les frigos et chambres froides mais il restait très discret et éludait systématiquement le sujet. Pour ne pas l’indisposer nous n’avons pas insisté et avons changé de sujet. La soirée se termina  paisiblement avec quelques blagues et quelque évocations du passé. Le bateau partait le lendemain matin et après ce somptueux repas, nous avons souhaité bonne nuit à Monsieur et Madame sans oublier les compliments sur la qualité de sa cuisine, nous avons rejoint nos pénates. J’eus un peu de mal à trouver le sommeil en me remémorant les faits marquants de la journée. Emile avait, lui, rejoint le pays des songes et dormait d’un sommeil profond, ponctué d’horribles ronflements qui, roulant jusqu’au Sankuru s’en souviendra longtemps. Finalement, n’y tenant plus, je me suis levé, ai secoué discrètement mon compagnon qui, en grognant, s’est retourné et retomba dans un sommeil plus léger et les ronflements firent place à un souffle puissant mais léger.

 

Le lendemain, debout aux aurores, nous étions accueillis par un petit déjeuner de galettes de maïs, d’œufs frais et de café soluble. Déjà la sirène du bateau déchirait l’air matinal, appelant les passagers à embarquer. Nous faisons nos adieux à Mr. Allard qui, les larmes aux yeux, nous remercia du fond du cœur d’avoir égayé de notre présence, son existence monotone peut être mais qu’il ne quitterait pour rien au monde. Nous fîmes nos adieux également à Madame, dont le nom m’échappe aujourd’hui, en nous serrant affectueusement sur sa vaste poitrine et nous plaquant des bisous sonores sur chaque joue.

 

Sur un dernier coup de sirène, le bateau lâcha ses amarres et déborda lentement du quai. Sur la berge, devant son hangar, se tenait Monsieur Allard, petite silhouette frêle, tout de blanc habillé pour la circonstance nous disant adieu de la main en essuyant de l’autre quelques dernières larmes.

 

Le retour à Lusambo se fit sans problèmes et la Toyota avec remorque nous attendait à l’embarcadère. Nous passions une dernière nuit à la Mission où les Pères semblaient très intéressés par l’histoire du vieil Allard. Nous avons rejoint Bakwanga dans la discrétion en restant très vague quant à nos chasses. Ce sera de toute façon de notre séjour chez les Allard que nous garderons le souvenir le plus précieux.

 

Plus tard, lors des évènements qui marquèrent l’indépendance, nous avons appris que Mr Allard avait été récupéré par les Paras belges de Luluabourg et rapatrié en Belgique.

Loin de sa brousse, ses villageois et son hangar, il devint neurasthénique et craqua  en prenant le premier vol disponible pour Léopoldville, prit le bateau jusqu’à Lusambo et la barge Otraco pour Pania Mutombo où, miraculeusement, son hangar avec sa bonne femme et ses domestiques, n’avait pas été pillé. Il a donc repris sa vie heureuse et sédentaire, près de son village et ses amis, jusqu’au jour où une bande de rebelles traversa le secteur, mit  le hangar à sac et assassinèrent le vieux colonial.

 

Emile Limbourg, quitta la Miba et s’installa dans le nord-est, acheta une plantation de thé ou de café et se fit de nouveaux amis parmi les colons des environs. Un soir il invita un jeune couple d’enseignants pour un tshopo. Comme toujours avec Emile la soirée fut animée et très agréable. Alors il proposa de finir par une petite soirée dansante. Les enseignants lui firent toutefois remarquer qu’il y avait couvre feu après telle heure. Mais Emile passa outre ces tracasseries en disant qu’il connaissait les noirs et savait de quelle façon il fallait traiter avec eux pour arranger les bidons. Il choisit ses meilleurs disques et la petite java démarra. Pas pour longtemps car au bout d’une heure une jeep s’arrêta et l’on frappa à sa porte. C’étaient des soldate de l’Armée régulière Congolaise mais qui paraissaient très nerveux du fait de la présence de J. Schramme et ses combattants dans les environs. Emile palabra tant qu’il put mais le sous-officier qui commandait la patrouille, de plus en plus énervé, ordonna à tout le monde de sortir et de se mettre le long du mur où il furent proprement abattus de quelques rafales de mitraillette. Leur corps putréfiés ne furent découverts que quelques jours plus tard. Nous n’avons jamais su ce qu’ils sont devenus.