Richard Landeut
Ceux qui ont connu les événements de 1960 se souviendront certainement des trois semaines passées au Club par souci de sécurité, des affrontements ayant lieu entre l’armée et des dissidents. Les femmes et les enfants ayant été évacués il ne restaient que les agents n’ayant pas quitté la société. La salle de cinéma transformée en dortoir, matelas par terre. Le restaurant fonctionnant sur ses réserves, c’étaient pâtes tous les jours, heureusement notre ami Marcel trouvait différentes façons de les accommoder. La direction ayant prévu que la majorité du personnel rentrerait en Europe pour un congé de récupération, une trentaine d’agents restant sur place pour assurer le fonctionnement vital. En attendant le jour du départ (le lendemain ?, la semaine suivante ?, le mois d’après ?), un certain ? faisait les cent pas dans la salle du Club du matin au soir, une petite valise à la main, répétant sans
cesse « quand est-ce qu’on part ?, mais quand est-ce qu’on part ? ». Les autres passaient le temps comme ils le pouvaient (lecture, ping-pong, billard). On s’inquiétait quand même des biens laissés dans les maisons et parfois le risque était pris d’y aller jeter un coup d’œil , ce qui permettait de varier l’ordinaire après avoir inspecté les réserves laissées par les épouses (n’est-ce pas Rob, les escargots chez Willy ?). Bien que les casques bleus (miliciens tunisiens ayant 3 semaines de service…) étaient sur place pour assurer la sécurité, quelques maisons ont été « visitées » par leurs soins. Ces jours d’inactivité ne pouvaient perdurer et des volontaires se sont présentés pour aller voir ce qui s’était passé hors du Poste. Ayant appris que les infirmiers avaient désertés l’hôpital Bonzola depuis plusieurs jours laissant les malades et blessés livrés à eux-mêmes, les « Louis’ boys »
se sont aventurés sur la route, drapeau de la croix rouge bien en vue, et ont ainsi pu
être d’un secours évident, les uns changeant les pansements pendant que le toubib auscultait, d’autres s’occupaient de la pharmacie.
Les ateliers, garages et dépôts n’ont pas été épargnés mais n’ayant pas été dans ces endroits je laisse le soin à d’autres d’écrire leurs souvenirs.
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