TROUBLES AU KASAI ORIENTAL. (26/08/60 -24/09/60)

 
 

 

   

Vendredi 26.08.60

     
    Départ convoi vers Munkamba des travailleurs Lulua.  

12h30

  Tous les agents sont priés de se grouper au camp Surveillance.  
Après-midi:   Opération CESNA. Intervention ONU  
    Tous en état d'arrestation (PC -Aérodrome)  
    Libérés vers 21h30  
    Constatons présence commandos Lumumbistes.  
Samedi 27.08.60      
7.00h   au bureau  
    Appel de Bonzala pour regroupement au Poste  
    Commandos "L" entrent en action  
    Travailleurs abbatus en cité  
    Une dizaine d'Européens malmenés  
    Nécessaire former une colonne escortée par ONU pour ramener les agents disséminés (+/- 27 voitures)  
    Concentration au Club  
    Une délégation militaire exige la restitution des armes personnelles.  
    La rage au coeur, remettons nos armes aux soldats Tunisiens de l'ONU, qui se gaussent et semblent déjà faire leur choix.  
    Je passe la nuit chez moi.  
Dimanche 28.08.60      
    Carnage en cité. Les commandos "L" tirent a vue. Nombreux travailleurs tués. Les médecins débordés. Blessures horribles.  
    Le chef de la mission commandos a été assassiné ainsi que son second. Il furent préalablement copieusement saoûlés.  
    En représailles, les commandos brûlent les villages de Bakwa Tshimuna et Bwa Nyanguile  
    Ordre nous est donné de loger au Club. Aménageons matelas et nécessaire survie.  
    Mr Cravatte part à Luluabourg pour négocier avec le Gouvernement Central.  
Lundi 29.08.60      
    Bwa Nyanguile - village totalement incendié  
    Bwa Tshimuna - combats - incendies  
    Arrestations arbitraires en cité  
    Prisonniers exécutés dans cités 42-43  
    Arrestation Odia David  
    Kashala Bonzala (capita Bwa Kabongo)  
    Plusieurs autres enmenés vers Luluabourg  
    Le convoi est attaqué par un chasseur indigène solitaire  
    4 commandos tués (dixit Bonzala)  
    Chasseur isolé tué  
    Execution de tous les prisonniers dont Odia David  
    Bonzala toujours en vie.  
Mardi 30.08.60      
    Grabuge a Bwa Dianga  
    Pas plus d'informations.  
Mercredi 31.08.60      
    Depuis 02h30 du matin, des combats acharnés mettent aux prises les forces Kal. et Lum.  
    Avec l'aube nous arrivent les premières nouvelles. Les lieux de combat sont la Mission ST.Jean et la Poste.  
    Par moments, les rafales sont très proches et l'on entend les balles siffler.  
    Aux environs de midi, un père rescapé de la mission nous apprend que, suite aux combats dans la mission,  
    les commandos "L"auraient massacrés des centaines de réfugiés qui se trouvaient dans les classes de la mission, Lui-même a été battu a coups de crosse.  
    Du haut du chateau d'eau, je suis les mouvements de commandos au camp, mais eux, également m'ont repéré et je dois quitter mon point d'observation.  
    Quelques temps après, arrive un détachement de commandos qui encercle le club et une délégation bardée d'étoiles et de barrettes commence les plalabres. Ils exigent Mgr. Nkongolo qui se trouve pami nous et qui est soupçonné d'espionnage  et d'avoir organisé le soulèvement du Kasaï Minier. Mgr Nkongolo, admirable, se constitue prisonnier  avec garantie d'immunité accordée par le Ministre de la Sûreté (??!!)  
    Par une radio clandestine (Simba 16 ??) nous apprenons que les forces "L" sont encadrées par 4 "techniciens" d'au-delà du rideau de fer.  
    Mubumbila Victore exécuté par las Kalonjistes, Balenga Jean (PNP) subit le même sort.  
Jeudi 01.09.60      
    Un camion transportant des cadavres est arrêté et conducteur Tambue Léon et autres passagers exécutés.  
    Mgr Nkongolo est dirigé sur Léopoldville.  
    Pillages en cité. Prise de femmes  
    Mapemba Emile, candidat au élections législatives exécuté par les "Jeunesses".  
Vendredi 02.09.60      
    Constitution du groupe des volontaires "Triaille's Boys".  
    Terrain des opérations, Hôpital Disele.  
    Personnel: Willy Remy     Anesthésiste  
    Richard Landeut     Pharmacie  
    Robert Van Parys instrumentistes  
    Louis Trialle       Chirurgien  
    JL Meert             Assistant  
Samedi 03.09.60      
    Les troupes Congolaises lancent l'attaque du pont de la Mbushimaie, point stratégique tenu par les forces Kalonjistes  
    Au soir, le pont est entre les mains des forces de l'Etat. De loin nous voyons les incendies.  
    Nouvel arrivage de journalistes américains, anglais (BBC) et français (Paris Match)  
    A l'hôpital, j'assiste à la désarticulation du genou d'un soldat dont la jambe fut coupé par une rafale.  
    En rentrant chez moi je conctate une nouvelle visite de pillards. Mon nécessaire de couchage ainsi qu'une bonne partie de mes vêtements ont disparus.  
Dimanche 04.09.60      
    Dans le but de dégager la route de Tshiala, les forces de l'Etat lancent une opération de netoyage dans ce secteur (axe Bakwanga - Tshilenge). Ils sont accompagnés par quelques corespondants.  
    Au carrefour Tshiala-Tshilenge ils se heurtent a des concentrations Kalonjistes, d'où bagarre.  
    Le correspondant américain Henry Taylor est blessé par une rafale en remontant dans son véhicule et l'artère fémorale sectionnée, meurt exangue en route vers l'hopital de Bakwanga.  
    J'assiste ce jour a la réfection d'un poumon perforé par une balle.  
    Ma présence a la chirurgie se justifie du fait que je puis traduire les instructions des chirurgiens australiens au seul infirmier anesthésiste encore présent et valide.  
    De retour chez moi, dans le courant de l'après-midi, je constate que ma maison a été visitée et que mon poste de radio, ma machine a écrire et d'autres objets personnels ont disparus.  
    Durant la nuit, je me réveille a trois reprises croyant entendre des voleurs. Ce ne sont heureusement que des chauve-souris et des meubles qui travaillent. Nous sommes au début de la saison des pluies.  
Lundi 05.09.60      
    Sommes toujours a Disele  
    Pour la première fois l'équipe des Triaille Boys procède a une intervention chirurgicale. Eclat de mortier dans le dos.  
    Une dizaine d'avions Ylyouchine amènent des renforts Lumumbistes a Bakwanga.  
    Au soir, coup de théatre. La radio annonce la destitution du premier ministre Lumumba par le président Kazavubu.  
    Réaction de Lumumba, il destitue Kazavubu!!!  
    Les troupes Congolaises continuent l'attaque sur Thilenge.  
    Au soir, après une rude journée de travail, nous sommes tous proprement lessivés. Aussi décidons nous que pour le bien de la cause, nous prendrons congé demain.  
    Cette fois-ci, et suite aux renforts venus de Léo et de Thysville, je dors dans la loge du Club avec les copains.  
    Richard et Willy sont malades. Tous nous avons de la fièvre.  
Mardi 06.09.60      
    L'information de la destitution de Lumumba se confirme et une nouvelle tension se crée. On se pose la question qui est de savoir quelle sera la réaction de l'armée.  
    La Direction met au point un programme d'évacuation des agents. Une cinquantaine partiraient dans les prochains jours.  
    Les autres seraient relevés vers la fin de l'année. Ma condition de célibataire me permettant de juger librement de mes actes et considérant que la chose n'est pas a rejeter d'office,  je fais partie de ceux qui restent. De toute façon, une porte de sortie se dessine pour moi en la personne du Dr. Bruce Fox, chirurgien de la délégation de la Croix Rouge Australienne et qui m'aurait promis son appui quant a l'obtention d'un emploi en Australie.  
    Comme, aujourd'hui nous faisons relaxe, j'en profite, avec Robert, pour préparer quelques malles que nous mettrons en sécurité.  
    Vers la fin de l'après-midi, alors que nous nous trouvions chez moi, une fusillade nourrie se déclenche a Bena Tshibuyi, juste en face de la maison. Nous embarquons sans plus tarder et essuyons un coup de feu juste derrière la voiture.  
    Détail pittoresque Suite a l'invasion du Club par les forces Congolaises et a notre incapacité a faire face a ces fortes consommations, il est décidé de fermer le bar pour tout le monde. Pas de discrimination donc! Seulement, de temps à autre, on rencontre un copain "barman", porteur d'une sacoche et vous murmure a l'oreille: cigarettes, chocolats, alumettes, vin rouge".  
    D'après la radio, tous les aérodromes seraient occupés par l'ONU et les mouvements suspendus.  
Mercredi 07.09.60.      
    Retour à Disele. Seuls Louis et moi-même, restent valides, tous les copains du groupe souffrant de grippe intestinale.  
    Une épidémie de smallpox s'est déclarée à Miabi. La Croix Rouge rappelle des vaccins d'urgence.  
    Selon une information d'un des médecins de la Croix Rouge, des forces Katangaises se trouveraient au pont Bailey de la Bushimaie.  
    Toujours est-il que, dans le courant de la nuit, une fusillade a eu lieu aux environs du camp ONU-Lusambo.  
    Le matin, on y creusait fièvreusement des tranchées en installant des nids de mitrailleuses.  
    Au programme de cet après-midi, il est prévu 4 interventions chirurgicales dont l'extraction d'un oeil.  
    Malheureusement, sur ordre de la Direction, je devrai, avec Mr Jost, vider la chambre forte du PC sous escorte de L'ONU. Il fait une chaleur accablante. Pourvu qu'à mon tour, je ne tombe pas malade.  
    A en croire l'avis d'une personne autorisée, la décision d'évacuation du 06.09 n'aurait plus de raison d'être?!?!  
    Sombre cuite le soir avec Louis, Willy et Franck  
    Mon départ éventuel pour l'Australie se confirme petit à petit.  
    Echauffourées à Lukelenge.  
Jeudi 08.09.60      
    Matinée à Disele.  
    Les troupes Congolaises tentent une nouvelle attaque sur Tshilenge, fief des Kalonjistes.  
    Le Dr Liétaer remet officiellement l'hôpital à la Croix Rouge Internationale  
   

Pose de plâtres. Traitement d'otites.

 
    Message de Cravatte: "Vous serez bientôt libérés!!"  
    Flemme générale. Il fait une chaleur infernale. Nous brodons sur le thème du retour en Belgique.  
    Probablement que nous n'emporterons qu'un minimum de poids (+/- 20kg)  
    Cela signifie l'abandon quasi total de tous nos biens.  
Samedi 10.09.60      
    Matinée à l'hôpital. Extraction des fils d'acier d'une mâchoire fracturée.  
    Dans le courant de l'après-midi, en compagnie de Mr Jacmay (Directeur Général), Mr Jost, Jacques Quairiat et Marchand, nous faisons le tour des cités dans le but de recenser les travailleurs. Une grande inquiétude règne partout.  
    Nous estimons les présents à environ 1/3 de l'effectif et leur situation n'est pas brillante. Tous manquent cruellement de vivres et d'eau.  
     Dans le courant de la soirée, Mr Jost m'apprend officiellement que je suis désigné pour rester jusqu'en janvier 61 !!!!!  
    Il y aura, dans les prochains jours 3 groupes de partants. Il ne restera qu'un effectif de 28 agents européens et qui seront relevés en janvier 61.  
    La mauvaise humeur de Willy s'explique du fait que le pauvre couvait une sacrée malaria qui éclate ce soir.  
Dimanche 11.09.60      
    En principe, j'aurais dû aller vider la chambre forte du Secteur mais comme Mr Herpain est introuvable je continue à mettre de l'ordre dans mon carnet de photos.  
    La mission s'effectue vers midi et une nouvelle porte blindée est remise au coffre Central.  
    Pour demain, je prends un arrangement avec les Australiens pour aller faire une expédition  vers Tshilenge. Nous tombons d'accord pour demain après-midi.  
    Pendant la soirée on se paie une tamponne. Les matières premières se font plus rares et le bar n'ouvre plus que de 22H à 23h. Nous passons nos nuits dans les loges du Club. Comme la clé de notre "kot" est chez Willy, et que Willy, malade, dort chez lui, nous passons par le vasistas pour retourner chez nous.  
Lundi 12.09.60      
    Vers 6h du matin, je ressens les premiers gargouillements d'une bakwangite qui s'annonce fameuse.  
    Vers 7h, je juge la situation très urgente et décide de passer pas le vasistas pour sortir et me soulager mais aux premiers efforts pour me hisser par le trou, les évènements se précipitent et avant que tout ne se déclenche, j'appele les copains à la rescousse. Robert me demande de faire un effort et de patienter le temps pour allerrécupérer la clé chez Willy..  
    Je resistai encore quelques temps mais ayant de plus en plus de mal à contrôler mes sphincters et sentant la fin proche,  je demandai qu'on me trouve de toute urgence un récipient, n'importe lequel. Une grande boîte de Klim vide fit l'affaire  et dans un grand déferlement bruyant et odorant, la boîte fut remplie pratiquement à ras bord, à l'instant même où une clé tourna dans la serrure, la porte s'ouvrit et apparut la tête de Robert qui, humant l'air nous dit: "Je crois que j'arrive un poil trop tard"  
    Supposant que mon état m'empêchait de partir, Louis s'attribue ma place dans le convoi. Seulement, comme je ne tiens pas à rater cela, je me déclare en parfaite santé et à 14h30, nous partons.  
    Au pont de la Mbushimaie, premières odeurs caractéristiques. Une vingtaine de cadavres jonchent les marécages.  
    Le long de la route les cases sont brûlées, des camions sont hors d'usage, d'aucuns carbonisés.  
    Au carrefour Tshiala-Tshilenge, nous tombons sur un véritable champ de bataille.  
    C'est l'endroit où se sont affrontés les commandos Lumumbistes et les forces Kalonjistes.   
    C'est aussi l'endroit où le reporter Henry Taylor fut abattu d'une rafale de mitraillette.  
    Des cadavres partout dans des positions pétrifiées. L'odeur y est insoutenable. En dessous d'un pick-up, nous avons dénombrés 5 corps, tous dans un état avancé de décomposition.  
    Plus loin nous trouvons deux cadavres complètement nus les mains liés derrière le dos, les pieds sont liés et ils ont tous deux une corde au cou. Ils furent probablement attachés par le cou derrière un véhicule et traînés sur une certaine distance.  
    Tshilenge: destruction totale. Nous continuons jusqu'au PC des forces Kalonjistes. Nous y sommes reçus avec beaucoup de méfiance et sommes probablement considérés comme suspects. Personnellement je suis reconnu par un des militants comme ne faisant pas partie du Sce Médical. Immédiatement je suis mis en état d'arrestation comme espion probable. Une discussion s'engage avec les Australiens,Louis Triaille et les militants. Le ton monte et ça commence vraiment à sentir le roussi pour ma pomme.  
    On parle d'exécution lorsqu'intervient le R.P. Van de Marlière, curé de Tshilenge. Je le connais personnellement et il connaît les militants. Il palabre et se porte garant, expliquant que faute de personnel médical, on fait appel à des volontaires ce qui explique quoi. La situation se calme. La tension baisse. Le danger est passé.  
    Pour montrer notre bonne foi, nous emportons quelques blessés débarrassés de leur uniforme, en vêtements civils.  
    Nous décrochons vers la tombée du soir après avoir chargé un autre blessé grave chez le Chef Kabemba Kasaï.  
    Au soir, nous apprenonsavec horreur qu'une opération militaire importante sera déclenchée sur Tshilenge demain.  
    Il est fatal qu'après cela nous serons considérés comme des traîtres et que Tshilenge nous est désormais totalement interdit. Je l'ai échappé belle et le soir, je me couche, vivant, dans mon lit douillet avec une longue pensée pieuse pour le R.P. Van de Marlière.  
Mardi 13.09.60      
    Malgré l'intervention de la Croix Rouge, l'opération sur Tshilenge est confirmée par le Cdt de la place.  Par conséquent interdiction formelle de s'y rendre. De toutes façons, en ce qui me concerne....  
    La Croix Rouge se rend à Miabi. Moi, je tourne en rond dans les cités et découvre encore un cadavre vieux de 2 semaines,  en brousse.  
    Au point de vue départs, le premier serait prévu pour samedi prochain avec une franchise de 30 Kg.  
    Il a été décidé également de faire rapatrier par avion, les 100 kg de bagages préparés et qui sont bloqués au Poste.  
Mercredi 14.09.60      
    Viennent d'arriver de Luluabourg une cinquantaine de tonnes de vivres pour les travailleurs.  
    Par mesure de précaution, ces vivres sont stockés au camp de la Sécurité Minière.  
    Prise de contact avec les personnalités présentes en cité pour déterminer la procédure de distribution et paiement éventuel des salaires  
    Reçu mon extrait de compte en banque.  
Jeudi 15.09.60      
    Début de la distribution!!!!!  
    Malgré les décisions prises avec les "élites" et malgré les promesses de ceux-çi, rien de positif n'a été fait  
    quant au maintien de l'ordre pour la distribution des vivres. Aucun groupe n'a été formé, aucun chef de groupe n'a été désigné. Par conséquent, les travailleurs (+/- 1500), se présentent en masse autour du camion et tandis que nous tentons vainement de canaliser et de discipliner cette foule vindicative et désordonnée, ces messieurs "les évolués" se bornent à contempler d'un oeil torve, le désordre grandissant.  
    Ce n'est qu'après avoir menacé de suspendre la distribution et après avoir fait intervenir les gardes miniers qu'un semblant d'ordre s'installa st que la distribution pouvait se poursuivre.  
    Une fois de plus, notre "elite" Congolaise a prouvé son incapacité totale à gérer une main d'oeuvre et à organiser une opération simple.  
    Petite anecdote amusante. Les vivres étant distribués en fonction de la composition familiale, du haut de mon camion, je me  fis interpeller par une jeune Congolaise qui, bien que sans enfants, prétendait mordicus qu'elle venait de mettre au monde, qu'elle avait laissé son bébé à la garde de sa maman pour le préserver de la cohue. Comme rien ne prouvait ses dires, je lui refusai la ration supplémentaire réclamée. Sur ce, sans coup férir, elle sortit de son vêtement un sein dodu et, depuis la foule, avec une précision étonnante,  m'envoya une giclée de lait droit dans la figure.  
    Devant tant de détermination et jugeant suffisante la preuve de ses dires, je lui allongeai sa ration supplémentaire avec un bon petit rabiot pour le gag.  
    Après la clotûre de la distribution, je parvins péniblement à enrayer un pillage en règle par les travailleurs volontaires,  assistants de la distribution et qui s'attribuaient de généreux  "matabishi" auxquels ils prétendaient avoir droit.  
    Certains avaient déjà chargé jusqu'à 20 kg de farine, c.à.d. le double d'une ration ordinaire d'une semaine!!  
Vendredi 16.09.60      
    N'ayant pu terminer, hier, nous continuons la distribution aujourd'hui.  
    Grâce à la présence énergique et disciplinée des gardes miniers, l'ordre fut maintenu toute la journée.  
    Toutefois, à la clôture, il reste il reste encore quelques centaines de travailleurs non servis suite à un orage qui nous a fortement retardé. Afin d'éviter que nos travailleurs soient racketés par le la soldatesque Lumumbiste, nous leur accordons une ration de 5.000 kg de farine + 10 sacs de sel. Cela paraît les enchanter et, effectivement, nos travailleurs ne furent pas ennuyés.  
Samedi 17.09.60      
    Nous espérons bien pouvoir terminer la distribution ce jour. En effet, nous servons le dernier travailleur et suivant les pointages, nous jugeons la présence à +/- 2.000 travailleurs.  
    C'est aujourd'hui que devaient arriver les premiers avions pour rapatrier les agents. Pourtant, aucun zinc ne se présente bien que le message spécifie qu'ils auraient décollés de Rotterdam le jeudi 15.09. L'autorisation aurait-elle été retirée en dernière minute. Ce serait une catastrophe. Toujours est il que les agents désignés sont agité et très inquiets dans leur costume du dimanche et qu'il n'ont plus aucun sens de l'humour.  
Dimanche 18.09.60      
    Belle journée qui s'annonce chaude et qui le fut.  
    Puisque Gilisquet, prêt à partir, me met sa maison à ma disposition, je m'empresse d'évacuer les quelques objets qui ont  échappé au pillage et à la destruction.  
    Trop tard !!!!!!  
    Soit dans la nuit, soit très tôt le matin, les pillards sont repassés, emportant ou détruisant ce que je croyais sauver des eaux.  
    Ma belle radio-pick up est complètement éventrée. Dans le courant de l'après-midi, j'en récupère tout de même le tourne disque que je monte dans un meuble.  
    Des matelas on à enlevé les housses et le kapok traîne dans les chambres. La maison a un aspect de désolation.  
    Je me suis donc installé chez Gilisquet qui partira probablement demain en compagnie de JM Abel qui, lui partira au 5ème avion.  
    C'est une maison très sympathique, cachée dans une végétation luxuriante et par conséquent aux yeux avides des pillards  
    D'autre part, je suis à deux pas du PC de l'ONU. Parlons-en de l'ONU.  
    En effet, on se demande si l'ONU n'est pas réellement de connivence avec les forces en place.  
    Ce matin, trois soldats, dont un armé d'un fusil mitrailleur, firent irruption dans le parc à voitures, en principe sous la protection de l'ONU, faisant leur choix. Le soldat Tunisien qui les escortaient, avait réellement l'allure d'un guide. En définitive, ils sont partis avec une très belle voiture sous  l'oeil indifférent de nos protecteurs.  
    Un premier avion ONU emporte 10 personnes vers Usumbura. Un premier avion officiel en emporte 18 vers E'ville  
    Avion anglais, il est le seul à assurer le pont aérien. Là encore, l'ONU se distingue en la personne du Lt. Ali qui, au moment où l'avion allait décoller, met une mitrailleuse en batterie et interdit le décollage sous prétexte qu'il n'a reçu aucun ordre. Il a fallu palabrer pendant 60 minutes pour convaincre ce "Monsieur".  
    A part cela ils sont là pour nous protéger.  
Lundi 19.09.60      
    Ce matin, Mr Jost et moi sommes allés au DSPC pour y prendre des fournitures en vue du paiement de demain.  
    Nous sommes tombé pile sur une douzaine de soldats qui pillaient à tours de bras. Notre présence ne les gênait  pas outre mesure. Quant à nous, nous étions impuissants devant leurs fusils. Sur une douzaine de machines à écrire nous n'avons récupéré qu'une machine électrique. D'autre part, j'avais environ 4 millions dans mon coffre qu'ils n'ont pas trouvés.  
    Après un brin de causette, entre deux carreaux cassés, il ressort que Mr. Jost ex  médical, avait circoncis un des pillards étant enfant.  
    Après avoir mis Mr. Jacqmay au courant de l'affaire, nous décidons d'évacuer les quelques 21.000 dossiers de travailleurs, représentant 50 années d'informations. Comme nous devons nous déplacer avec 2 camions et 12 travailleurs,nous demandons l'aide de l'0NU afin qu'il n'y ai pas de méprise quant au but de notre expédition. Le Lt Ali (encore lui)  nous envoie proprement promener en nous disant que s'il nous arrivait quelque chose, il interviendrait!!!  
    Moralité, nous nous débrouillons tout seul et parvenons à sauver l'essentiel ainsi que 2.500.000fr.  
     Le reste des fonds sera récupéré ultérieurement  
    Quant aux autres objets, ils sont, dès à présent à la disposition des civils qui n'attendent que notre retour au Poste pour piller  
    Nouveau départ vers E'ville (23 agents)  
    Ce soir, chacun de nous bénéficie à titre gracieux, d'une bouteille entière de Simba. Byzance!!  
    23 autres départs dans le cours de l'après-midi. Tout le monde est parti  
Mardi 20.09.60      
    Aujourd'hui nous avons commencé à payer les travailleurs. Il y en a déjà beaucoup plus qu'avant.  
    Arrivage de 12 camions de vivres.  
Mercredi 21.09.60      
    Le paiement des salaires est loin d'être terminé. Au soir, nous avons déjà consommé 4.500.000frs et il  restait encore 300 travailleurs à payer.  
    Les soldats Lumumbistes évacuent Bakwanga par avions ONU et camions volés. Quelque avant gardes Kalonjistes sont signalés à Bakwanga. Le convoi arrivé hier repart aujourd'hui matin. Willy accompagne. Il a pour mission de remettre en état tous les camions Forminière volés se trouvant entre le Lac Munkamba et Luluabourg. Charlie Engels, se chargera de la partie Bakwanga- Lac Munkamba.  
    Grande fatigue le soir. Je crois que je suis malade  
Jeudi 22.09.60.      
    Je me suis révéillé ce matin fortement malade: malaise, diarhée, vomissements.  
    Au lit toute la journée. Reçu un mot de Patrice des Bena Kadima.  
Vendredi 23.09.60      
    Continuation de la paie  
    Distribution de vivres  
    Arrivée des forces Kalonjistes  
    Expédition malles agents  
    Départ probable demain pour Bena Kadima pour chercher Ilunga Patrice ( un de mes employés)  
    Rétablissement santé  
    Accès de malaria toute la nuit  
    Les repas au Restaurant sont payants mais c'est purement symbolique.  
Samedi 24.09.60      
    Suite et fin de la paie  
    Recensement des travailleurs  
    Départ pour Tshilenge  (Bena Kadima) annulé  
    400 soldats Kalonjistes présents (revendications!!)  
    Malaria persistante  
    Il n'y a plus de farins de maïs.  
       
   

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