Conquistadores et bourgeois compradores

S. Ikeya  Les creuseurs n'avaient jamais existé au Katanga. A l'époque ancienne des fameux «Mangeurs de cuivre » qui coulaient des croisettes et tréfilaient le métal rouge, l’exploitation minière était réservée à une classe d' initiés. Il n' y avait pas ces hordes dépareillées qui fourmillent dans les carrières. Par la suite, l' UMHK et la Gécamines avaient repris le monopole ancestral comme "mangeuses de cuivre". Les creuseurs sont une nouvelle race, artificiellement créée et entretenue à la faveur du chaos général du système minier qui a suivi l' effondrement de la GCM, la disparition de l' Etat, et  l' omniprésente culture de "pillage". La fait que le nombre des creuseurs s’est accru en même temps que les défections scolaires illustre la négation de tout développement social et économique réel. On assiste à un net recul général: à la fois technique et, même, éthique. Ce qui est en cause, ce n'est pas la Mondialisation, mais la " Prédation " avec le renouveau des "conquistadores" qui avaient mis à sac les richesses des Amériques au prix du génocide des indigènes. Dans l'immédiat, les creuseurs encourent des risques qui vont de l'effondrement des galeries aux expositions aux métaux lourds, toxiques, et même radioactifs. Ils ne survivront pas longtemps. Entretemps, ils forment une clientèle pour la gloriole et le pouvoir des politiciens et responsables de l’Etat.

Au XIXème siècle, la colonisation s'était implantée par la vénalité des chefs coutumiers qui signaient des traités de soumission en échange de
pièces d' étoffe et de sel.  Maintenant, l'Indépendance chaotique et les guerres de "libération" favorisent les "délits d' initiés" et l' émergence d' une " bourgeoisie compradore" qui s' investit dans l' exploitation des richesses nationales, avec en prime, le noyautage de leurs compatriotes. Ce n'est plus du "business",  c' est plutôt un "madness"  (désastre).

Aurait-on imaginé des colonisateurs distribuant des billets de banque pour bénéficier d'une emprise politique? Comment croire à la "clandestinité" des exploitants et marchands Chinois? Qui leur a donné des passeports congolais? S'il faut le rappeler: le Katanga est enclavé, et on ne peut y accéder ou en sortir sans des documents officiels congolais qui permettent de traverser les pays de transit. Et surtout, comment des Chinois ont fait entrer "clandestinement" des engins miniers? Et par où ils évacuent des minerais de cuivre et de cobalt qui nécessitent des cargaisons volumineuses qui ne pourraient échapper aux yeux et aux oreilles de l’ Autorité ?


Les anciens disaient que
" le ver qui ronge le haricot est dans le haricot". Quand le Nr 1 du Katanga sable du champagne qui porte son nom. Quand il fait consommer de l’eau importée à ses footballeurs, quand il se fait aduler par des masses de miséreux qu'il trahit aussitôt, quand, de son côté, le Nr 1 de la Gécamines ne connaît pas spontanément ni sa boîte, ni les mirobolants contrats chinois qu' il négocie: on a tout compris.

Il y a un autre film dans le film de Thierry Michel, pour peu qu' on le regarde attentivement.